Vingt et un virgule huit milliards d’euros. C’est le montant du déficit de la Sécurité sociale attendu cette année, et il pèse déjà sur votre quotidien d’assuré. Franchises, arrêts maladie, transports en ambulance, mutuelle : chaque poste fait l’objet d’ajustements, parfois à peine visibles sur le ticket de caisse.
Au moment où s’ouvrent les débats sur le budget de la Sécu à l’Assemblée nationale, la Cour des comptes a donné le ton : « L’impératif est de reprendre au plus vite le contrôle des finances publiques ». Voici ce que cela signifie concrètement pour vous.
Ce que cela change pour vos remboursements : franchises et participations relevées
La réponse courte : l’essentiel des économies déjà décidées repose sur les assurés. L’objectif national de dépenses d’assurance maladie (Ondam) a été sous-exécuté de 1,1 milliard d’euros par rapport à ce qui était prévu. Cette marge vient notamment de la hausse des participations forfaitaires et des franchises médicales, passée par décret en septembre.
Autrement dit, ce que vous réglez de votre poche à chaque boîte de médicaments, consultation ou acte a augmenté. Le niveau de prise en charge, lui, n’est pas décrit comme remis en cause dans le rapport. C’est surtout la part restant à votre charge qui évolue.
Les transports sanitaires sont également touchés. Un décret a relevé la franchise qui s’y applique, après la mise en place d’un nouveau cadre conventionnel qui avait déjà fait reculer cette dépense.
Ce qui a déjà bougé, mesure par mesure
Septembre : hausse des franchises médicales et des participations forfaitaires, par décret. Depuis le 1er septembre : plafonnement des arrêts maladie. Dernier ajustement : franchise relevée sur les transports sanitaires. Les indemnités journalières avaient, elles, été abaissées de 1,8 à 1,4 Smic en 2025.
Arrêts maladie et indemnités journalières : des économies pour les assurés
Les arrêts de travail sont l’autre grand terrain d’économies. Le plafonnement des arrêts maladie s’applique depuis le 1er septembre, et le seuil des indemnités journalières avait déjà été rabaissé en 2025, de 1,8 à 1,4 Smic. Si vous êtes en arrêt, le montant versé est donc plus encadré qu’avant.
Les indemnités journalières restent pourtant un poste sous tension. Sur la branche des risques professionnels, elles ont fortement augmenté en 2026. Le gouvernement a réagi en abaissant le plafond de versement et en réduisant leur durée.
Trou de la Sécu : pourquoi le déficit se creuse en 2026

Le déficit atteint 21,8 milliards d’euros, soit 2,4 milliards de plus que ce que prévoyait le budget voté, et 200 millions de plus qu’en 2025. La trajectoire devait pourtant s’améliorer cette année. Le problème vient d’abord des recettes, plombées par une conjoncture dégradée.
Le budget reposait sur une croissance de 1 %, finalement ramenée à 0,5 %. La masse salariale devait progresser de 2,3 %, elle n’a gagné que 1,6 %. Moins de salariés, plus de chômage : les cotisations sociales rentrent moins bien, et les recettes attendues ont fondu de 3,5 milliards d’euros. La hausse du Smic a en plus alourdi les allègements de cotisations, tandis que les taxes sur le tabac ont rapporté moins qu’avant.
Côté dépenses, la Cour des comptes pointe une hausse de 17,1 milliards d’euros par rapport à 2025, qu’elle attribue surtout à des facteurs structurels, liés notamment à la démographie. Les dépenses suivent donc le vieillissement de la population, pendant que les recettes suivent l’emploi.
Votre mutuelle va-t-elle augmenter ? La taxe sur les complémentaires
Parmi les 8,7 milliards d’euros de recettes supplémentaires apportées par le budget 2026, 1,1 milliard provient d’une taxe sur les mutuelles. Ce prélèvement pèse sur les organismes de complémentaire santé. Reste à savoir dans quelle mesure il sera répercuté sur les cotisations des adhérents, point que la source ne chiffre pas.
Le mécanisme est simple à comprendre : quand la Sécu rembourse moins ou fait payer davantage de franchises, la complémentaire santé est davantage sollicitée. Si en plus elle est taxée, la pression sur les tarifs augmente. Vérifier vos garanties et l’évolution de votre cotisation à la prochaine échéance reste le bon réflexe.
| Source de recettes nouvelles | Montant |
|---|---|
| Compensations de l’État sur certains prélèvements | 2,4 milliards d’euros |
| Cotisation vieillesse des employeurs de la fonction publique territoriale et hospitalière | 1,8 milliard d’euros |
| Hausse du taux de CSG | 1,2 milliard d’euros |
| Taxe sur les mutuelles | 1,1 milliard d’euros |
| Branche des risques professionnels (AT-MP) | 400 millions d’euros |
| Prélèvements sur les ruptures conventionnelles | 300 millions d’euros |
Ces nouvelles recettes totalisent bien 8,7 milliards d’euros de plus qu’en 2025. Elles n’ont pourtant pas suffi à compenser l’effondrement des rentrées liées à l’emploi et à la croissance.
Pourquoi la Cour des comptes juge l’effort insuffisant
Les magistrats financiers reconnaissent que les dépenses ont été tenues en 2026. Ils restent pourtant sévères : « nous sommes loin d’avoir fait des efforts pour un retour à l’équilibre ». Sans redressement, préviennent-ils, « le financement de la Sécurité sociale n’a pas aujourd’hui de solution durable ».
Le gouvernement vise un déficit ramené à 12,7 milliards d’euros l’an prochain, près de deux fois moins qu’aujourd’hui, grâce à un net freinage des dépenses. Selon la Cour, si cet objectif était confirmé et tenu, il rendrait atteignable le retour à l’équilibre à l’horizon de la fin de la décennie. Ce serait « un pas important vers le rétablissement des comptes sociaux ».
Un objectif fragile : ce que les députés vont devoir trancher

Le scénario est jugé instable. Il s’appuie sur une croissance de 1 %, une inflation de 1,8 % et une masse salariale en hausse de 2,4 %, après une dissipation supposée des tensions géopolitiques liées au Moyen-Orient. Le Haut Conseil des finances publiques juge ces prévisions de croissance « optimistes » et estime que les mesures correctives de dépenses sont insuffisamment prises en compte.
Il faut aussi que tout soit voté, ce qui est loin d’être acquis puisque la commission des Affaires sociales a rejeté le texte la semaine dernière. Le plan prévoit 6,6 milliards d’euros de mesures nouvelles sur les recettes, dont 3,7 milliards issus d’une baisse des allègements de cotisations sur bas salaires. Il demande aussi 9 milliards d’euros d’économies côté dépenses.
Parmi les sujets les plus sensibles figure le gel des pensions de retraite au-dessus de 1 260 euros par mois, la première source de dépenses. Selon ce que décideront les parlementaires, les assurés pourraient donc voir de nouveaux ajustements s’ajouter à ceux déjà en vigueur sur les franchises, les arrêts maladie et les remboursements.
Ce qu’il faut surveiller dans les prochaines semaines
Trois points méritent votre attention. D’abord le sort des mesures sur les dépenses de santé au fil du vote du budget de la Sécu. Ensuite l’évolution des tarifs de votre mutuelle à la prochaine échéance, dans le contexte de la taxe sur les complémentaires. Enfin les règles applicables à vos arrêts maladie, déjà resserrées par décret depuis le 1er septembre.
Le trou de la Sécu n’est pas qu’une affaire de milliards : il se lit, mois après mois, dans ce que vous payez en pharmacie, chez le médecin et en cas d’arrêt. La suite dépendra de la capacité du Parlement à voter un budget que la Cour des comptes juge encore fragile.







