Pour Patrick Martin, l’entreprise reste « un lieu qui est encore à peu près apaisé en France ». Le patron du Medef redoute que le budget 2027 ne change la donne. En cause, une révision des allègements de cotisations sur les bas salaires, qu’il juge lourde de conséquences pour les employeurs.
Ce que prévoit le budget 2027 sur les allègements de cotisations
Le gouvernement veut réduire les allègements généraux de cotisations, dans le cadre du projet de loi de financement de la Sécurité sociale. Ce dispositif permet aux entreprises de payer moins de cotisations patronales sur les bas salaires. Plus la rémunération est proche du Smic, plus l’allègement pèse dans la facture de l’employeur.
Revoir ce barème revient mécaniquement à augmenter le coût du travail pour une partie des entreprises. C’est ce que dénonce le Medef, qui parle de mesures d’économies pour l’État financées, selon lui, par les employeurs.
Le Medef chiffre à 11 milliards d’euros le surcoût pour les entreprises
Le mardi 20 octobre, Patrick Martin a été très direct : « L’État, pour des mesures d’économies sordides et court-termistes, va reporter aux entreprises plus de 11 milliards de charges ». Un communiqué de l’organisation patronale précise que 9,3 milliards de cette somme viennent des seuls allègements généraux de cotisations.
Le reste du montant découle d’autres mesures du texte, que le Medef agrège dans son calcul. Il s’agit donc d’une estimation patronale, qui additionne plusieurs dispositifs du budget de la Sécu.
Le chiffre en clair : 9,3 milliards sur les 11
Plus des quatre cinquièmes du surcoût annoncé par le Medef proviennent de la révision des allègements généraux. C’est donc ce dispositif, et non l’ensemble du budget de la Sécu, qui concentre la bataille des chiffres.
Une promesse d’augmentations de salaire sacrifiée ?

Le patron des patrons assure que ces milliards auraient pu servir autrement. Selon lui, ils auraient permis d’« accorder des augmentations de salaire qui sont – du fait de l’inflation et de l’augmentation des carburants – demandées par les salariés ». L’argument est politique autant que comptable : moins de marges pour les entreprises, moins de hausses possibles.
Il craint aussi un effet de contagion sociale. « On risque de transférer dans les entreprises des tensions qui n’existent pas aujourd’hui », prévient-il, après un week-end de manifestations contre la vie chère.
Une mesure critiquée pour les trappes à bas salaires
Le gouvernement n’a pas choisi ce dispositif au hasard. Depuis plusieurs années, le système des allègements est accusé de créer des trappes à bas salaires. Le principe est facile à saisir : prenez un salarié payé proche du Smic. Si son employeur l’augmente, l’allègement dont il bénéficie diminue. L’entreprise paie donc plus de cotisations et peut être tentée de ne pas relever la rémunération.
Les économistes du Conseil d’analyse économique, qui conseillent Matignon, ont récemment rappelé que le dispositif coûte 77 milliards d’euros par an à l’État. Selon eux, le barème actuel contribue à « freiner les progressions salariales ». Leur constat va à l’opposé de la demande du Medef, qui souhaite préserver les allègements tels quels.
Quels effets pour les salariés et les entreprises ?
Le débat porte sur deux lectures opposées. D’un côté, le patronat y voit une hausse du coût du travail qui réduit sa capacité à augmenter les salaires. De l’autre, les défenseurs de la réforme estiment qu’un barème moins dissuasif peut au contraire encourager les progressions de rémunération.
La source ne détaille pas l’impact par taille d’entreprise. Les entreprises qui emploient beaucoup de salariés autour du Smic sont toutefois les premières concernées par la révision du barème, puisque ce sont elles qui profitent le plus des allègements.
Syndicats et mobilisation : la contestation s’organise
Le jour même, Marylise Léon, secrétaire générale de la CFDT, s’en prenait aux entreprises. Elle réclame des hausses de salaires et l’ouverture de négociations dans les nombreuses branches professionnelles dont les minima restent sous le Smic. Sa ligne est claire : « Les entreprises qui ne jouent pas le jeu de la négo – pour la CFDT c’est très clair – ne doivent plus toucher les exonérations de cotisations dont elles bénéficient ».
Une intersyndicale réunissant la CFDT, la CGT et FO appelle à la grève le 5 novembre. Des perturbations sont attendues notamment à la SNCF. Des conflits locaux ont aussi éclaté ces dernières semaines chez Totalenergies, Easyjet ou Arkéma, ce qui nuance l’image d’une entreprise sans tensions décrite par le Medef.
Ce que ce bras de fer annonce
Le dossier oppose deux visions du même dispositif. Pour le Medef, il protège l’emploi et la compétitivité. Pour les syndicats et les économistes du CAE, il fige les salaires. Les débats sur le budget de la Sécurité sociale diront si le gouvernement maintient sa révision des allègements, ou s’il l’adoucit sous la pression du patronat.







