Une vitrine brisée, un dégât des eaux découvert un lundi matin, un début d’incendie dans la réserve. Pendant que vous évaluez les dégâts, un compte à rebours a peut-être déjà commencé. Passé un certain délai, votre assureur peut contester votre dossier, et c’est parfois le contrat lui-même qui fixe cette limite.
Bonne nouvelle : la réponse tient souvent en une page. Voici où la trouver, combien de jours vous avez en général, et quoi faire si vous êtes déjà en retard.
Où trouver le délai de déclaration dans votre contrat, et combien de jours vous accorde-t-il ?
Dans la plupart des contrats multirisque professionnelle, le délai de déclaration est de 5 jours ouvrés à partir du moment où vous avez connaissance du sinistre. C’est le minimum que la loi impose à l’assureur : le Code des assurances (article L113-2) interdit de fixer un délai plus court, sauf pour le vol, où il peut descendre à 2 jours ouvrés. Un contrat peut en revanche vous laisser plus de temps.
Pour vérifier votre propre délai, ouvrez votre contrat et cherchez deux endroits. Les conditions générales contiennent un chapitre « Que faire en cas de sinistre » ou « Déclaration de sinistre ». Les dispositions particulières, elles, peuvent modifier ce délai pour certaines garanties (vol, bris de glace, pertes d’exploitation). Si les deux documents divergent, c’est en principe la clause la plus spécifique qui s’applique, mais en cas de doute, appelez votre courtier en assurance sans attendre.
Le point de départ du délai
Le délai ne court pas à la date du sinistre mais à la date de connaissance du sinistre par vous (ou par la personne qui gère le local). Une fuite qui s’est produite pendant un week-end de fermeture ne déclenche donc le délai que le jour où vous la découvrez. Gardez la trace de ce moment : un message, un mail au gestionnaire, une main courante peuvent servir de preuve.
Le calcul se fait en jours ouvrés, c’est-à-dire hors week-ends et jours fériés. Le jour de la découverte n’est généralement pas compté.
Catastrophe naturelle, incendie, dégât des eaux : des délais qui ne se comptent pas pareil
Tous les sinistres ne suivent pas la même règle. Le tableau ci-dessous résume les ordres de grandeur les plus courants, à confronter systématiquement avec votre contrat.
| Type de sinistre | Délai habituel | Point de départ |
|---|---|---|
| Sinistre classique (incendie, dégât des eaux, bris de glace) | 5 jours ouvrés | Connaissance du sinistre |
| Vol, cambriolage | 2 jours ouvrés | Connaissance du vol |
| Catastrophe naturelle | 30 jours | Publication de l’arrêté au Journal officiel |
Pour la catastrophe naturelle, le raisonnement change. Votre garantie ne se déclenche qu’après la publication d’un arrêté interministériel au Journal officiel, qui reconnaît l’état de catastrophe naturelle pour votre commune. Vous disposez alors de 30 jours à compter de cette publication pour déclarer vos dommages (voir l’article L125-2 du Code des assurances et les clauses types). Un local inondé pendant une vigilance rouge ne se déclare donc pas forcément dans la semaine, mais il vaut mieux prévenir votre assureur tout de suite, puis compléter le dossier quand l’arrêté paraît, et si vous êtes en copropriété, consultez qui déclare une inondation en copropriété.
Le réflexe des 48 heures
Même si votre délai est de 5 jours ouvrés, déclarez dans les 48 heures. Un sinistre signalé tôt laisse moins de place à la contestation, et l’expert d’assurance peut constater des dégâts encore intacts.
Dépasser le délai : déchéance, preuve du préjudice et force majeure

Vous avez raté la date ? Ne paniquez pas : un retard n’entraîne pas automatiquement la perte de votre indemnisation. Pour refuser sa garantie, l’assureur doit d’abord avoir prévu une clause de déchéance dans le contrat, rédigée en caractères très apparents. Ensuite, il doit prouver que le retard lui a causé un préjudice, par exemple parce qu’il n’a pas pu constater les dégâts ou limiter leur aggravation (article L113-2 du Code des assurances).
Cette double condition protège les assurés de bonne foi. Un retard de deux jours sur un dégât des eaux facilement vérifiable par photos est difficile à opposer. À l’inverse, une déclaration tardive de plusieurs semaines, alors que le local a été remis en état entre-temps, donne à l’assureur de vrais arguments.
La force majeure peut aussi justifier un retard : hospitalisation du dirigeant, accès au local interdit par les autorités, événement imprévisible qui rend la déclaration impossible. Elle reste appréciée au cas par cas, donc conservez les justificatifs.
Vous êtes hors délai : que faire aujourd’hui
- Déclarez immédiatement, par lettre recommandée ou par le canal indiqué dans votre contrat, sans attendre de relance.
- Expliquez les raisons du retard, pièces à l’appui.
- Apportez toutes les preuves de l’état des lieux au moment de la découverte (photos datées, messages, factures de première urgence).
- Prévenez votre courtier, qui peut négocier avec la compagnie.
Les gestes à faire dans les premières heures : sécuriser, documenter, alerter
La priorité reste la sécurité des personnes et la limitation des dégâts. Vous êtes tenu de prendre des mesures conservatoires : couper l’eau ou l’électricité, bâcher une ouverture, mettre le stock à l’abri. Ces frais sont en général remboursés par l’assureur, à condition de garder les factures.
En revanche, ne jetez rien et ne réparez rien de définitif avant le passage de l’expert, et listez les preuves à rassembler pour un commerçant victime de dégradations. Photographiez et filmez les dégâts sous plusieurs angles, listez le matériel et les marchandises touchés, et établissez un constat (constat amiable pour un dégât des eaux, dépôt de plainte pour un vol ou un acte de vandalisme).
Pensez aussi à votre activité. Si le local est inutilisable, votre garantie de perte d’exploitation peut compenser la baisse de chiffre d’affaires, mais elle a ses propres conditions et sa franchise, souvent exprimée en jours d’arrêt. Signalez-la dès la première déclaration pour qu’elle soit instruite en même temps.
Refus de l’assureur : réclamation, médiation et prescription

Si votre assureur refuse sa garantie ou minimise l’indemnité, procédez par étapes. Envoyez d’abord une réclamation écrite au service réclamations de la compagnie, en joignant votre dossier. Si la réponse ne vous satisfait pas ou tarde, vous pouvez saisir gratuitement la médiation de l’assurance, qui rend un avis en quelques mois.
Attention au temps : la prescription biennale limite à 2 ans le délai pour agir en justice contre votre assureur, à compter de l’événement qui donne naissance à l’action. Certains actes, comme une lettre recommandée de l’assureur ou la désignation d’un expert, interrompent ce délai, mais il vaut mieux ne rien laisser traîner. En cas de désaccord sur le montant, une contre-expertise peut aussi être demandée, avec l’appui de votre courtier ou d’un avocat.
Retenez l’essentiel : ouvrez votre contrat aujourd’hui, repérez le délai de déclaration et le point de départ, puis prévenez votre assureur sans attendre que le dossier soit complet. Mieux vaut une déclaration rapide et à compléter qu’un dossier parfait déposé trop tard.







