Huit millions d’euros pour tout un département, cela sonne comme une bonne nouvelle. Sur le terrain, beaucoup d’exploitants déchantent en faisant la division. En Côte-d’Or, la sécheresse 2026 a laissé des parcelles vides et des étables qui puisent déjà dans les stocks d’hiver, et l’argent public ne couvrira qu’une petite partie des dégâts.
Alors, que faire quand on est concerné ? Constituer son dossier sans attendre, car chaque guichet a sa date de fermeture et chaque enveloppe est limitée. Voici comment vous y prendre, à partir de ce qui se passe en Côte-d’Or, un cas concret qui montre bien la mécanique.
Qui peut toucher l’aide sécheresse, et à quelles conditions
Dans le cadre du plan d’urgence sécheresse de l’été 2026, l’État a débloqué huit millions d’euros pour les agriculteurs de la Côte-d’Or. La profession a décidé de flécher cette enveloppe départementale en priorité vers deux publics : les jeunes agriculteurs installés depuis moins de cinq ans, et les producteurs spécialisés. Cette dernière catégorie regroupe l’arboriculture, le maraîchage, l’héliciculture, l’apiculture, la pisciculture, l’horticulture, les petits fruits et les plantes à parfum, aromatiques et médicinales.
Si vous êtes en grandes cultures ou en élevage, vous n’êtes pas exclu de toutes les mesures pour autant. D’autres dispositifs existent, détaillés plus bas, et ils s’adressent à un public plus large. Le premier réflexe consiste donc à vérifier dans quelle case vous entrez pour chaque aide.
Les conditions varient d’un département à l’autre. Dans de nombreux dispositifs régionaux, un seuil de perte de 25 % est demandé, mais ce n’est pas une règle universelle : vérifiez le seuil, les productions concernées et l’ancienneté d’installation exigés dans votre département auprès de la chambre d’agriculture ou de la DDT.
Monter le dossier et le déposer avant la clôture du guichet
L’aide ne tombe pas toute seule. Il s’agit d’une demande individuelle, déposée via un guichet ou un formulaire dédié. En Côte-d’Or, le guichet ouvert pour le fonds de réarmement agricole fermait le 25 octobre : la préfecture a détaillé ses mesures le 20 octobre, ce qui laissait quelques jours seulement pour déposer. C’est tout l’enjeu : une date limite de dépôt se rate vite.
Pour ne pas courir au dernier moment, rassemblez dès maintenant vos justificatifs de pertes. Voici les pièces que l’on vous demandera le plus souvent, à confirmer selon le guichet :
- vos références de rendement habituelles, comparées à celles de cette année ;
- les relevés de récolte, de pesée ou de livraison qui montrent la chute ;
- les factures d’achats supplémentaires (fourrage, aliments, paille) ;
- un document d’identification de l’exploitation et un RIB ;
- les éléments prouvant votre date d’installation, si vous visez l’aide aux jeunes agriculteurs.
Prenez des photos datées de vos parcelles, avec les semis et les cultures grillées. Mathieu Duthu, agriculteur à Saint-Martin-du-Mont, chiffre ses pertes à 33 000 euros. Il a semé maïs et tournesol début mai, les graines ont levé grâce à l’eau des premiers jours, puis les plants n’ont plus rien reçu, avec des chutes de rendement qu’il évalue à plus de 50 %. Ce genre de constat doit pouvoir se démontrer sur pièces.
Checklist minute avant de déposer
Je connais la date de fermeture du guichet. J’ai vérifié que ma production et mon ancienneté d’installation entrent dans les critères. Mes chiffres de pertes sont écrits et justifiés. J’ai gardé une copie de tout ce que j’envoie.
Comprendre le montant réel : enveloppe limitée et répartition

C’est ici que les illusions tombent. Mathieu Duthu le résume ainsi : quand on entend huit millions d’euros, on imagine de gros chèques, mais en divisant par le nombre d’exploitations, cela ne représente que quelques milliers d’euros. Le président des Jeunes Agriculteurs de Côte-d’Or, Thomas Cotiby, va plus loin. Selon lui, les pertes du département dépassent 200 millions d’euros, et il évoque une aide de 300 euros par exploitation.
Son propre cas donne la mesure. Éleveur de 130 vaches laitières à Villy-en-Auxois (le lait part dans la fabrication de l’Epoisses), il a dû acheter plus de 250 tonnes de maïs et une centaine de tonnes de foin pour passer l’hiver, soit un surcoût de 50 000 euros. Face à cela, l’aide publique couvre une fraction de la facture.
Pour le fonds de réarmement agricole, le premier volet donne un ordre de grandeur : une première enveloppe de 1,7 million d’euros, avec un premier versement de 210 000 euros réparti entre 54 exploitations. Ne comptez donc sur aucun montant précis tant que votre dossier n’est pas instruit. Retenez surtout qu’une enveloppe limitée se partage entre les dossiers reçus, d’où l’intérêt de déposer tôt et complet.
Les autres aides de crise à activer en parallèle
L’aide sécheresse directe n’est qu’une pièce du puzzle. Le 20 octobre, la préfecture de Côte-d’Or a listé plusieurs mesures qui peuvent s’additionner. Chacune a son guichet et sa logique, il faut donc les traiter une à une.
| Mesure | Ce que montre le cas de la Côte-d’Or |
|---|---|
| Fonds de réarmement agricole | Guichet ouvert jusqu’au 25 octobre, première enveloppe de 1,7 M€ |
| Prêts à taux zéro | Annoncés, conditions à demander au guichet |
| Aide au gazole non routier | 2 245 demandes déjà payées, pour 1,1 M€ au total |
| Dégrèvement taxe foncière | Prévu dans la liste des mesures |
| Aide engrais azotés | Assouplissement annoncé |
| Avance PAC | 2 414 exploitations concernées, 77,6 M€ au total |
L’avance PAC, en particulier, ne demande pas de dossier de pertes : elle améliore la trésorerie. Quant à l’aide au carburant, elle repose sur une demande déposée via un guichet, et les paiements sont déjà en cours dans le département. Plus vous attendez, plus vous risquez de passer après les autres.
Accompagnement et points de vigilance avant de déposer

Vous n’êtes pas obligé de tout faire seul. La chambre d’agriculture de votre département connaît les guichets ouverts, les formulaires et les dates. La préfecture et la DDT publient les notes qui fixent les publics prioritaires, et FranceAgriMer gère une partie des dispositifs nationaux. Un coup de téléphone suffit souvent pour savoir si votre situation entre dans les critères.
Trois précautions pour finir. Vérifiez d’abord que votre département applique les mêmes règles que la Côte-d’Or, car dates, seuils et publics prioritaires changent d’un territoire à l’autre. Ensuite, ne présumez pas du montant : l’enveloppe est partagée entre de nombreux dossiers. Enfin, gardez une trace de chaque démarche, car certaines aides se cumulent et d’autres s’excluent.
La sécheresse 2026 laisse des pertes que l’aide publique ne comblera pas entièrement. Mais un dossier prêt à temps, avec des chiffres solides, reste la meilleure façon de ne pas laisser passer ce qui peut vous revenir.







