Stratégie

Un voisin ne paie plus ses charges de copropriété, ce que les autres copropriétaires risquent de supporter

Enveloppe de relance posee sur une boite aux lettres

Vous réglez vos appels de fonds à la date prévue, et pourtant un voisin laisse les impayés s’accumuler. La question vient vite : va-t-on vous demander de payer à sa place ? La réponse est nuancée. En principe, vous ne payez pas la dette de ce voisin, mais vous pouvez devoir en supporter les conséquences, au moins pour un temps.

Les autres copropriétaires doivent-ils payer à la place du voisin ?

La loi du 10 juillet 1965 ne prévoit aucune solidarité automatique entre copropriétaires pour les charges de copropriété. Chacun ne doit que sa quote-part, calculée selon les tantièmes inscrits dans le règlement de copropriété. Le copropriétaire défaillant reste donc seul débiteur de sa dette envers le syndicat des copropriétaires.

Le problème est ailleurs. Le syndicat, lui, doit continuer à payer ses factures : chauffage collectif, ascenseur, assurance, ménage, entretien. Si l’argent ne rentre pas, la trésorerie se vide et il faut bien combler le trou. C’est là que les copropriétaires à jour peuvent être sollicités.

L’appel de solidarité, une avance et non un don

Quand la trésorerie devient trop tendue, l’assemblée générale peut voter un appel de fonds complémentaire, souvent appelé appel de solidarité. Chaque copropriétaire verse alors une somme supplémentaire, au prorata de ses tantièmes, pour financer l’avance de trésorerie. Le principe est connu : on avance, le défaillant rembourse ensuite.

Avancer n’est pas perdre : la nuance à retenir

Ce que vous versez lors d’un appel de solidarité reste une créance du syndicat sur le copropriétaire défaillant. Vous ne perdez définitivement l’argent que si le débiteur est insolvable et que le lot ne couvre pas la dette.

Quels risques concrets pour les copropriétaires qui paient à jour ?

Le premier risque est financier et immédiat : un appel de fonds supplémentaire, parfois à quelques semaines d’intervalle. Pour un budget serré, c’est une vraie contrainte, même si la somme est censée revenir plus tard dans les caisses.

Le deuxième tient à la trésorerie du syndicat. Quand les impayés de charges pèsent lourd, le syndic de copropriété peut peiner à régler les fournisseurs. Les pénalités et les coupures de service menacent alors, et le contrat d’un prestataire peut être rompu.

Le troisième touche aux travaux. Un vote de gros travaux ou un chantier de ravalement peut être repoussé si l’on craint que le fonds de travaux et les provisions ne soient pas au rendez-vous. Un dossier de rénovation énergétique, par exemple, devient plus difficile à financer quand plusieurs lots sont en défaut.

Dans les cas extrêmes, quand les impayés dépassent 25 % du budget voté (15 % dans les grandes copropriétés), le président du tribunal judiciaire peut désigner un administrateur provisoire. La copropriété est alors placée sous une tutelle coûteuse, dont tous les copropriétaires supportent les frais.

Et si vous louez ou vous achetez ?

Un copropriétaire bailleur reste responsable de ses charges envers le syndicat, même si son locataire ne le rembourse pas. Pour un acheteur, la règle est protectrice : les dettes du vendeur restent en principe à sa charge, et le notaire doit vérifier la situation avec le syndic avant la vente. Demandez malgré tout l’état daté et le montant des impayés de la copropriété avant de signer, car ils renseignent sur la santé financière de l’immeuble.

Comment le syndic recouvre-t-il les charges impayées ?

Gestionnaire feuilletant des courriers de relance sur un bureau

Le syndic est tenu d’agir. Il suit généralement une progression assez standard, qui commence par la voie amiable et se termine, si besoin, devant le juge.

  1. Une première relance par courrier ou par mail, qui rappelle la somme due.
  2. Une mise en demeure par lettre recommandée. Passé un délai de 30 jours sans paiement, les provisions du budget restant à échoir deviennent immédiatement exigibles.
  3. Une procédure de recouvrement judiciaire devant le tribunal judiciaire, avec une injonction de payer ou une assignation.
  4. Une mesure d’exécution forcée, dont la saisie du lot, après obtention d’un titre.

Pour agir, la dette doit être une créance liquide et exigible : son montant doit être déterminé, et l’échéance dépassée. Des intérêts de retard au taux légal courent à partir de la mise en demeure. Les frais de recouvrement, comme les frais de lettre recommandée ou d’huissier, sont mis à la charge du débiteur.

Le privilège du syndicat sur le logement du débiteur

La loi accorde au syndicat un privilège immobilier spécial sur le lot du copropriétaire défaillant. Il couvre les charges de l’année en cours et des quatre années précédentes. En cas de vente, le notaire peut recevoir une opposition du syndic et doit régler la dette sur le prix avant de verser le solde au vendeur, comme le détaille cet article sur les frais du syndic lors d’une vente. C’est la garantie la plus efficace pour le syndicat, bien plus que la saisie, souvent longue.

Quels recours pour se protéger et récupérer les sommes avancées ?

Vous n’avez pas à attendre passivement. Vous pouvez d’abord demander au syndic des informations précises : montant total des impayés, nombre de lots concernés, procédures engagées. Chaque copropriétaire peut consulter les comptes et les pièces justificatives durant la période qui précède l’assemblée générale.

Vous pouvez ensuite faire inscrire la question à l’ordre du jour. L’assemblée peut exiger un point d’étape sur le recouvrement, voter l’engagement d’une action en justice, ou changer de syndic si celui-ci tarde à agir. Une copropriété qui relance mollement laisse les dettes grossir, et c’est souvent là que se cache le vrai risque.

Si vous avez avancé des fonds lors d’un appel de solidarité, vérifiez que le règlement de copropriété et le procès-verbal de l’assemblée précisent bien leur remboursement. Les sommes récupérées auprès du défaillant doivent être reversées dans les comptes du syndicat, puis restituées ou imputées sur les appels suivants selon la décision prise.

Le bon réflexe avant le prochain vote

Demandez au conseil syndical la liste des procédures en cours et la date des dernières relances. Un syndic qui ne peut pas vous répondre précisément ne suit sans doute pas assez les impayés.

Quel délai de prescription pour les charges impayées ?

Depuis la loi ELAN de 2018, l’action du syndicat contre un copropriétaire pour récupérer des charges se prescrit par cinq ans, comme le prévoit le droit commun. Le délai court à compter de la date d’exigibilité de chaque appel de fonds. Une mise en demeure simple ne suffit pas à tout arrêter : seules certaines démarches, comme une assignation en justice, interrompent le délai.

Ce point mérite une vraie vigilance. Un syndic qui laisse dormir un dossier pendant des années risque de voir une partie de la créance s’éteindre, et la perte retombe alors sur l’ensemble des copropriétaires, qui devront combler le manque sur les budgets suivants. Si un voisin accumule les retards depuis longtemps, c’est une raison de plus de demander des comptes en assemblée.

En résumé, vous ne devenez pas le débiteur de votre voisin, mais vous pouvez avancer l’argent et porter la charge de la défaillance si le recouvrement échoue. La meilleure protection reste un syndic réactif, un conseil syndical attentif et des impayés traités dès les premières semaines, avant qu’ils ne fragilisent toute la copropriété.

Alain s’intéresse à ce qui fait réussir, ou échouer, une entreprise. Il analyse modèles économiques, choix de dirigeants et tendances de marché pour en tirer des enseignements clairs et directement applicables.

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