Quatre usines à l’arrêt en même temps, c’est rare, même pour un géant de l’automobile. Stellantis suspend la production de quatre sites français jusqu’à la fin du mois, et ce sont des milliers de salariés qui se retrouvent sans chaîne de montage à faire tourner.
Derrière cette annonce, deux logiques très différentes : un manque de batteries électriques d’un côté, une opération de déstockage de l’autre. Voici ce qu’il faut retenir, site par site.
Quatre usines Stellantis à l’arrêt : quels sites et jusqu’à quand
Les usines de Mulhouse, Poissy, Rennes et Sochaux sont concernées. Elles ne s’arrêtent pas toutes au même moment et pas pour la même durée, ce qui explique les chiffres parfois contradictoires lus ici ou là.
| Usine | Début de l’arrêt | Durée | Cause principale |
|---|---|---|---|
| Mulhouse (Haut-Rhin) | Fin de la semaine dernière | Deux semaines | Gestion des stocks, production ralentie |
| Poissy (Yvelines) | Lundi | Jusqu’à la fin du mois | Déstockage et objectifs financiers |
| Rennes (Ille-et-Vilaine) | Jeudi | Environ dix jours | Manque de batteries électriques |
| Sochaux (Doubs) | Vendredi | Environ dix jours | Manque de batteries électriques |
Combien de salariés sont concernés par le chômage partiel
Au total, 8 400 salariés de Stellantis sont placés en chômage partiel pour plusieurs semaines. À eux s’ajoutent 1 900 intérimaires, eux en chômage technique. Les deux chiffres se cumulent, d’où les titres qui évoquent plus de 10 000 personnes touchées.
10 300 personnes : pourquoi les chiffres varient selon les sources
Certains médias parlent de « plus de 8 000 » salariés, d’autres de 10 000. Les deux sont exacts : le premier compte uniquement les salariés en chômage partiel (8 400), le second ajoute les intérimaires (1 900). Quant à la durée, elle va d’une dizaine de jours à deux semaines selon le site.
Pour un salarié de l’usine, cela signifie des journées non travaillées et, le plus souvent, un revenu qui n’est plus le même qu’en temps normal. Les intérimaires, eux, n’ont pas de chaîne à rejoindre tant que l’usine est à l’arrêt.
Pénurie de batteries : Rennes, Sochaux et l’usine de Douvrin

Pour les usines de Rennes et de Sochaux, la cause est directe : les batteries électriques n’arrivent pas en quantité suffisante. Le fournisseur en question s’appelle Automotive Cells Company, plus connu sous le sigle ACC. Il s’agit d’une coentreprise détenue par Stellantis, TotalEnergies et Mercedes-Benz.
Son usine de Douvrin, dans le Pas-de-Calais, n’arrive pas à suivre le rythme que réclame le succès des Peugeot 3008, Peugeot 5008 et Citroën C5 Aircross. Autrement dit, ces modèles se vendent plus vite que les cellules ne sortent des lignes.
Le secrétaire général d’ACC, Matthieu Hubert, a reconnu la situation au micro de France Inter : « On tourne vraiment au maximum de nos capacités actuelles ». Les ventes de véhicules électriques s’envolent en ce moment, dans le contexte de la crise des carburants, et la demande dépasse ce que l’usine peut fournir.
Une éclaircie est promise : selon ce porte-parole, le site de Douvrin devrait pouvoir doubler sa production l’an prochain. Cela ne change rien pour les semaines à venir, mais cela donne un horizon aux équipes.
Poissy et Mulhouse : vider les stocks avant la fin octobre
À Poissy et à Mulhouse, la logique n’a rien à voir avec les batteries. Ici, l’arrêt de production répond à des objectifs financiers et à une gestion des stocks très serrée.
L’usine de Poissy arrêtera son activité d’assemblage en 2027, avant de se tourner vers le recyclage dans le cadre d’une reconversion. D’ici là, la priorité est de vider les entrepôts. Brahim Aït Athmane, représentant FO sur le site, résume l’enjeu : « Il faut que fin octobre, les stocks soient le plus proches de zéro possible, pour les attributions de crédit et donc pour être bien noté ».
À Mulhouse, la production des Peugeot 308 et 408 ralentit, car de nouvelles générations sont attendues prochainement. Inutile de continuer à remplir les parkings de modèles sur le point d’être remplacés.
Un groupe sous pression financière et industrielle
Ce nouvel épisode de chômage partiel n’arrive pas dans un ciel serein. Fin 2025, Stellantis avait déjà dû y recourir dans six usines en Europe. Le groupe aux 14 marques traverse une période délicate.
Il a consommé 10 milliards d’euros de trésorerie en deux ans, plombé par les impayés et par des stocks restés sur les bras aux États-Unis. Son action en Bourse a été divisée par six depuis son pic de mars 2024.
Le paradoxe est frappant : d’un côté, une usine de batteries qui ne suffit pas à la demande, de l’autre, des sites qu’il faut mettre à l’arrêt pour assainir les stocks et la trésorerie. C’est cette double contrainte, industrielle et financière, qui explique que quatre usines françaises se taisent en même temps.
Ce qu’il faut surveiller dans les prochaines semaines

Trois points feront la différence. D’abord, la date réelle de redémarrage de chaque site, qui dépend de l’arrivée des batteries pour Rennes et Sochaux. Ensuite, l’état des stocks à Poissy et Mulhouse à la fin octobre. Enfin, la montée en cadence d’ACC à Douvrin, annoncée pour l’an prochain.
Pour les salariés comme pour les intérimaires, l’essentiel se joue là : savoir si cet arrêt reste ponctuel ou s’il devient un rythme de croisière pour un groupe sous tension.







