Vous venez d’hériter d’un appartement occupé par un locataire qui paie 500 € alors que le marché en demande 800 ? La tentation de « remettre les compteurs à zéro » est naturelle. Pourtant, la loi ne vous donne pas ce pouvoir du seul fait de la succession.
La réponse tient en trois idées. Le bail continue tel quel, le loyer ne peut pas être réévalué au prix du marché parce que le propriétaire change, et vos vraies marges de manœuvre passent par la révision prévue au bail, par une réévaluation encadrée au renouvellement, ou par un congé motivé.
Le bail continue : ce qui ne change pas avec l’héritage
Le décès du bailleur ne met pas fin au bail d’habitation. Le contrat se poursuit avec l’héritier (ou avec tous les héritiers, si le bien tombe en indivision), qui devient le nouveau propriétaire et reprend l’ensemble des droits et des obligations. Durée, montant du loyer, charges, dépôt de garantie : tout reste en l’état.
Le locataire, lui, n’a aucune démarche à faire. Il garde son logement dans les mêmes conditions que la veille du décès, et la loi du 6 juillet 1989 qui encadre le bail d’habitation continue de le protéger. Un loyer ancien, même très inférieur au marché, reste donc le loyer légal.
Peut-on augmenter le loyer après une succession ?
Non, pas simplement parce que vous héritez. Un changement de propriétaire n’ouvre aucun droit à une hausse. Trois mécanismes seulement permettent de faire évoluer un loyer ancien.
1. La révision annuelle, si le bail la prévoit
Elle n’existe que si une clause de révision figure dans le bail. Dans ce cas, le loyer peut suivre l’indice de référence des loyers (IRL), une fois par an, à la date prévue dans le contrat. Sans clause, aucune révision n’est possible. Avec un IRL en hausse de 2 %, un loyer de 520 € gagne environ 10 € par mois : l’effet reste modeste.
Le bailleur doit aussi réclamer cette révision. S’il tarde plus d’un an après la date prévue, il perd ce qu’il n’a pas demandé et la nouvelle somme ne s’applique qu’à partir de sa demande. Si le défunt n’a jamais révisé le loyer, vous ne pouvez donc pas rattraper les années passées. Autre limite : les logements classés F ou G au diagnostic de performance énergétique ne peuvent plus voir leur loyer révisé.
2. La réévaluation d’un loyer manifestement sous-évalué
C’est le levier principal pour un loyer figé depuis plus de 15 ans. Au moment du renouvellement du bail, le bailleur peut proposer un nouveau loyer s’il est manifestement sous-évalué. La proposition doit arriver au moins six mois avant le terme du contrat et s’appuyer sur des références de loyers comparables dans le voisinage.
La hausse est bornée : elle ne peut pas dépasser la moitié de l’écart entre le loyer actuel et le loyer de référence retenu, et elle peut être étalée dans le temps. Si le locataire refuse, un désaccord se règle devant la commission départementale de conciliation, puis le juge.
Un loyer de 520 € face à un marché à 780 € : ce que la règle donne
Prenons un T3 loué 520 € alors que les logements comparables se louent 780 €. L’écart est de 260 €, la moitié fait 130 €. Au renouvellement, le nouveau loyer ne pourrait pas dépasser environ 650 €, et non 780 €. Ce calcul est illustratif : chaque dossier dépend de la zone, des références produites et de l’état du bail.
3. L’encadrement des loyers et la zone tendue
En zone tendue, la marge se réduit encore. Dans les villes qui appliquent l’encadrement des loyers, le nouveau loyer proposé ne doit pas dépasser le plafond fixé pour le secteur. Et pour un logement énergivore, la loi ALUR et les textes qui l’ont suivie ne vous aident pas : le gel s’applique.
Les démarches à faire dès que l’on hérite d’un logement loué

Avant toute question de loyer, il faut régulariser la situation administrative, puis vérifier si le défunt avait souscrit une assurance-vie, en passant par le service officiel de recherche d’assurance-vie. Le locataire doit savoir à qui payer, et vous devez pouvoir prouver votre qualité d’héritier. Voici l’ordre habituel :
- Faire établir un acte de notoriété ou une attestation de propriété par le notaire chargé de la succession.
- Prévenir le locataire par courrier recommandé, en joignant ce justificatif.
- Lui communiquer les nouvelles coordonnées bancaires pour le versement du loyer.
- Récupérer le bail, l’état des lieux d’entrée, les derniers avis de charges et les diagnostics.
- Vérifier la date du dernier renouvellement, car elle conditionne vos options.
En attendant le règlement de la succession, le locataire continue de payer son loyer. Les sommes perçues reviennent à la succession, et le notaire vous indiquera sur quel compte les faire verser, sans vous fier à une procuration sur le compte d’un défunt. Si plusieurs héritiers se partagent le bien, l’indivision impose de s’entendre : la gestion courante du bail se décide en général à la majorité des deux tiers des droits, mais une vente exige l’accord de tous, sauf autorisation du juge.
Vendre ou reprendre le logement : congé pour vente ou pour reprise
Si le loyer ancien ne vous convient pas, vous pouvez envisager de récupérer le logement. Mais un bailleur ne peut pas congédier son locataire à n’importe quel moment : le congé n’est possible qu’à l’échéance du bail, avec un préavis de six mois et un motif réel et sérieux.
| Option | Condition | Délai | Point de vigilance |
|---|---|---|---|
| Congé pour vente | Vendre le bien libre, en proposant d’abord l’achat au locataire | Six mois avant l’échéance du bail | Droit de préemption du locataire au prix annoncé |
| Congé pour reprise | Habiter le logement ou y loger un proche (conjoint, ascendant, descendant) | Six mois avant l’échéance du bail | Protection de certains locataires âgés aux revenus modestes |
| Vente en l’état occupé | Aucune, le bail suit le bien | Selon le marché | Prix souvent décoté, acheteurs plutôt investisseurs |
Le congé pour vente oblige à proposer le logement au locataire en premier, aux conditions et au prix indiqués. S’il refuse, vous pouvez vendre à un tiers, mais pas à de meilleures conditions sans lui refaire l’offre. Le congé pour reprise doit viser une personne précise et un usage réel : un congé frauduleux expose à une amende et à des dommages et intérêts.
Dernier cas, souvent oublié : vendre le logement occupé. Le locataire reste en place avec son loyer d’origine, et l’acquéreur reprend le bail. Cette solution évite tout litige, mais elle pèse sur le prix, car un logement loué très en dessous du marché intéresse peu de monde.
Les obligations de l’héritier et la protection du locataire
En devenant bailleur, vous reprenez les devoirs du défunt. Vous devez délivrer un logement décent, assurer les grosses réparations et laisser au locataire la jouissance paisible des lieux. Le dépôt de garantie versé il y a 15 ans fait partie de ce que vous reprenez : vous devrez le rendre à la sortie, même si vous ne l’avez jamais touché.
Les charges locatives restent régularisées chaque année sur justificatifs, et les travaux d’entretien courant incombent au locataire, ceux de remise en état au propriétaire. Pour un logement ancien, ce point mérite un vrai bilan : plomberie, électricité et isolation peuvent coûter plus cher que le gain attendu d’une hausse de loyer.
Enfin, aucune pression ne peut remplacer la procédure. L’expulsion n’est possible qu’après une décision de justice, et jamais en hiver (la trêve hivernale court du 1er novembre au 31 mars). Couper l’eau, changer la serrure ou forcer un départ expose le bailleur à des sanctions pénales.
Que retenir avant d’agir ?

L’héritage ne vous donne pas le droit de réviser un vieux loyer à votre guise. Relisez d’abord le bail, repérez la clause de révision, la date de renouvellement et la classe énergétique du bien. C’est cette lecture qui fixe ce que vous pouvez réellement faire, et quand.
Chaque situation a ses particularités : indivision, zone tendue, bail ancien rédigé avant la loi ALUR. Un rendez-vous avec le notaire de la succession, éventuellement complété par un avocat spécialisé en droit immobilier, évite les congés invalides et les hausses contestées.







