Votre mairie vous offre 20 euros, à une seule condition : les dépenser chez les commerçants du coin. À Figueres, ville catalane située à une trentaine de minutes de Perpignan, l’idée n’a plus rien d’une expérience. Depuis le 20 octobre 2026, la troisième distribution de bons de réduction est lancée, et les deux premières ont laissé des chiffres difficiles à ignorer.
Bonson en chiffres
Bons d’achat offerts aux habitants : le principe en bref
Le mécanisme est limpide. La municipalité met à disposition de ses administrés des bons d’achat d’une valeur fixe, utilisables uniquement chez les commerçants qui ont accepté de participer. Chaque bon a une durée de vie courte, ce qui pousse à dépenser vite plutôt qu’à garder le cadeau dans un tiroir.
L’objectif est double. D’un côté, redonner du pouvoir d’achat aux habitants. De l’autre, faire revenir la clientèle vers le commerce de proximité, malmené par les centres commerciaux périphériques et la vente en ligne. C’est une logique d’achat local portée par la collectivité elle-même.
Figueres : 10 000 bons de 10 € avant les fêtes
Pour cette édition, la mairie de Figueres propose 10 000 bons de 10 euros. Les habitants majeurs peuvent télécharger deux bons chacun sur le site web de la Ville, entre le 20 octobre et le 25 novembre. Chaque bon est valable 15 jours et se dépense dans l’un des 142 commerces participants.
L’opération porte un nom qui dit tout : « Si tu aimes Figueres… achète à Figueres ! ». Elle arrive à quelques semaines des fêtes de fin d’année, période où se joue une bonne part du chiffre d’affaires annuel des boutiques. Le contexte local pèse aussi : l’enseigne Zara a quitté la ville pour La Jonquera il y a deux ans, un départ qui a fragilisé le centre-ville et alimenté la crainte d’une désertification commerciale.
À raison de deux bons par personne, l’enveloppe peut toucher jusqu’à 5 000 habitants. Rien n’oblige évidemment chacun à télécharger les deux.
Qui paie la note ?

Le budget total s’élève à 100 000 euros, et la mairie ne porte pas seule la facture. La Ville, l’association des commerçants et la Chambre de commerce de Gérone se partagent le coût. Ce montage a un intérêt politique et pratique : les professionnels sont impliqués dès le départ, donc motivés pour jouer le jeu.
Pour une petite ville, ce partage rend aussi la dépense plus supportable. Une subvention municipale seule pèserait plus lourd sur le budget, et un dispositif financé uniquement par les commerçants n’aurait pas la même portée auprès des habitants.
Les résultats : 676 000 € de retombées après deux éditions
Les deux premières distributions, en novembre 2025 et en février 2026, ont généré 13 228 achats pour plus de 676 000 euros dépensés dans les commerces de la ville. Le panier moyen a atteint 50 euros, soit cinq fois la valeur d’un bon. Autrement dit, les habitants n’ont pas seulement dépensé leurs 10 euros : ils ont complété avec leur propre argent.
| Édition | Dépenses générées dans les commerces |
|---|---|
| Novembre 2025 | 330 000 € |
| Février 2026 | 346 000 € |
| Total des deux éditions | plus de 676 000 € (13 228 achats) |
Les gagnants sont variés : commerces alimentaires, services (coiffure, esthétique), restauration, mais aussi magasins de textile, de chaussures et de parfumerie. Un spectre large, qui évite de réserver l’aubaine à une seule catégorie de boutiques.
676 000 € de ventes : ce que le chiffre ne dit pas
Il s’agit de chiffre d’affaires, pas de bénéfice : un commerçant en garde seulement une partie après ses achats et ses charges. Le coût exact des deux premières éditions n’est pas précisé. Si chacune avait coûté 100 000 euros comme la troisième, la mise totale serait de 200 000 euros, soit environ 3,4 euros de ventes pour 1 euro engagé. C’est une hypothèse de lecture, pas un bilan officiel.
Limites et conditions de réussite
Les bons d’achat stimulent la consommation locale, mais leur effet reste ponctuel. Une fois la distribution terminée, rien ne garantit que les clients reviennent d’eux-mêmes. Une partie des dépenses aurait aussi pu avoir lieu sans le coup de pouce, ce qu’un simple total de ventes ne permet pas de mesurer.
Il y a ensuite le coût pour la collectivité : 100 000 euros, c’est un choix budgétaire qui s’arbitre face à d’autres priorités. Enfin, un bon de 10 euros ne remplace ni un centre-ville agréable, ni un stationnement correct, ni des commerces qui se renouvellent. La répétition de l’opération à Figueres (novembre, février, puis octobre) montre d’ailleurs que la mairie la traite comme un rendez-vous régulier, pas comme un remède unique.
Pour une commune qui veut se lancer

L’exemple de Figueres donne une trame réutilisable. Quelques points à trancher avant de lancer une opération similaire :
- Le budget : fixer une enveloppe globale, puis la répartir entre la mairie, l’association des commerçants et, si possible, la chambre de commerce.
- Le mode de distribution : à Figueres, le téléchargement se fait en ligne sur le site de la Ville, ce qui limite la logistique.
- Le public visé : ici, les habitants majeurs, avec un plafond de deux bons par personne.
- Les commerces éligibles : ouvrir à tous les volontaires (142 à Figueres) pour que le dispositif profite à plusieurs secteurs.
- La durée de validité : 15 jours, assez courte pour créer un réflexe d’achat immédiat.
Reste à prévoir le suivi. Compter le nombre d’achats, le montant dépensé et le panier moyen permet de présenter un bilan clair, et surtout de décider s’il faut relancer l’opération. À Figueres, ces données justifient désormais une troisième édition, et sans doute d’autres.







